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CHINE 0.06

2019

Le barrage des Trois Gorges est la première construction humaine qui, par la présence d’une si grande quantité d’eau concentrée en un seul endroit, modifie l’inertie de la planète et ralentit la vitesse de rotation de la Terre de 0,06 microsecondes par an du fait de la force centrifuge.

Troisième attraction touristique du pays, prouesse architecturale et fierté nationale, le barrage des Trois Gorges, est aussi et surtout une épée de Damoclès. Depuis la mise en service du barrage en 2009, le niveau des eaux du Yangzi se retrouve surélevé de 175 mètres. Le réservoir a englouti une zone fertile où étaient cultivées près de 40 % des denrées agricoles chinoises. 1 400 000 personnes ont été déplacées. Le barrage illustre la définition de l’homme comme « maître et possesseur de la nature » qu’avait énoncée Descartes. Une toute puissance, un culte du « no limit » qui contrevient pourtant violemment avec les principes fondateurs de la Chine traditionnelle inspirés du Taoïsme, du Bouddhisme et du Confucianisme.

Longeant le Yangzi Jiang de Chongching à Shanghai, je me suis attaché à prendre le pouls de la Chine contemporaine. Un voyage autant géographique que temporel, dont les paradoxes n’ont cessé de m’interpeller. La décontextualisation temporelle des images de propagande d’époque via l’incrustation, le collage ou le photomontage, révèle à mon sens le basculement majeur du XXe au XXIe siècle : du politique (révolution culturelle de Mao) à l’économique (révolution numérique de Xi Jiping). La singularité de la propagande contemporaine tient en ce qu’elle repose sur l’hubris consumériste. Elle se joue plus particulièrement au travers des « ONoTo », objets nomades totalitaires, que sont les smartphones ou les montres connectées, outils numériques devenus espions, vecteurs de traçage, espions pas à la portée de tout pouvoir étatique et commercial. Le règne du techno-capitalisme est ainsi fondé sur l’auto-aliénation : rendre désirables les vecteurs de notre soumission 
de façon à ce que chacun vienne de lui-
même livrer ses données personnelles au
 Big Data : en Chine, le Big Father Xi Jiping et son gouvernement autoritaire. L’esthétisme des affiches de propagande sont revisitées, laissant le spectateur perdu dans la fascination ambivalente de l’image.

La Chine contemporaine s’inspire directement des grands travaux de l’ère maoïste dans ses ambitions de modernisation et d’expansion, et notamment du Grand Bond en Avant. Xi Jiping cherchant à poser ses pas dans ceux de son aîné, le culte du Grand Timonier connaît d’ailleurs une recrudescence sans précédent... Oubliés les 45 millions de morts, Mao est sacralisé, considéré comme un Dieu. Ce culte manifeste en tout état de cause un dérèglement politique, économique, écologique qui est à l’image d’un tout premier dérèglement : celui de la conscience de l’être humain.

Aujourd’hui, 0,01% de la masse animale menace les 99,99% autres d’extinction. L’œuvre de ce « maître et possesseur de la nature » qui, sans conscience
 ni humilité, s’apprête à perdre sa maîtrise. Un « maître et possesseur » qui, à l’aune du techno-capitalisme, s’apprête à être dépossédé de sa liberté.